A lire Thelma et Louise

Film sorti en 1991, réalisé par Ridley Scott, scénario écrit par Callie Khouri qui sera oscarisée pour ce scénario.

Bande annonce

Les 2 personnages centraux de cette histoire sont :

-Thelma Dickinson (interprétée par l’actrice Geena DAVIS), la trentaine, femme au foyer, mariée depuis l’âge de 18 ans à Daryl, elle n’a jamais fréquenté d’autre homme, ils n’ont pas d’enfant.

-Louise Sawyer (interprétée par l’actrice Susan SARANDON), la quarantaine, serveuse dans une cafeteria, elle fréquente Jimmy (interprété par Michael MADSEN) très souvent absent car il est musicien et donc très souvent sur la route.

Les 2 copines ont décidé de fuir leur quotidien le temps d’un week-end à la montagne.

Elles préparent leurs affaires chacune de leur côté.

 Thelma, spontanée et impulsive, ne sachant pas quoi emporter, jette plein d’affaires dans plusieurs valises, et prend une lampe à pétrole et le pistolet offert par son mari au cas où.

Louise, réfléchie et organisée, prépare sa valise en emballant soigneusement ses affaires et quitte son appartement en le laissant parfaitement rangé et propre.

Au moment de partir, et de quitter l’Arkansas, elle fixe l’instant en faisant un Polaroid (ancêtre de nos Selfies)  sur lequel elles affichent toutes les 2 une magnifique sourire, animée par leur joie de se retrouver.

Elles sont toutes les 2 féminines, chacune à sa façon, Thelma avec un style un peu poupée en robe, surement un souhait de son mari, et Louise en jean, elles se sont maquillées, coiffées, portent des boucles d’oreilles et des bagues.

Durant leur trajet Thelma va demander à faire une pause.

Elles s’arrêtent dans un bar/boite, elles commandent à boire.

Et Thelma voulant profiter à fond de ces quelques heures de vacances (week-end loin de son mari) vécues comme des heures de liberté, va commander à boire plus que de raison.

Car malheureusement comme toutes les personnes frustrées, elle va avoir tendance à exagérer la consommation de ce qui ne lui ait pas autorisé en temps normal.

Thelma va être invité à danser par Harlan, un routier qui lui fait du charme.

Elle va danser avec lui très langoureusement, mais comme elle a bu de l’alcool très vite sans avoir manger, elle va éprouver le besoin de prendre l’air.

Harlan va l’accompagner sur le parking, et profitant du fait qu’elle soit éméchée, il va devenir plus entreprenant, elle va résister et crier, il va tenter de la violer.

Heureusement, Louise arrive et le menace du pistolet que Thelma avait emmené dans ses affaires au cas où.

Il lui répond qu’ils étaient en train de s’amuser, ce à quoi Louise rétorque fort justement que « lorsqu’une femme gueule comme ça, c’est que elle, elle ne s’amuse pas ».

confrontation

Et au moment où les 2 copines tournent les talons pour partir, Harlan leur adresse des insultes obscènes, elles se retournent Louise le fixe et elle tire et le tue.

Et nous comprendrons plus tard ce qui s’est passé dans la tête de Louise.

Elle dira à Thelma lorsqu’elles vont s’arrêter ensuite pour que louise retrouve ses esprits :

« Nobody’d believe us.   We’d still get in trouble, we’d still have our lives ruined. »

Et nous pouvons effectivement remercier la scénariste de pointer du doigt un sujet 16 ans avant les débuts de # MeToo en 2007  et 27 ans avant que soit lancé # Balance ton porc en 2018.

Et notamment la manière dont les agressions sexuelles ou les viols sont pris en considération dans le cas où la femme agressée a eu le malheur de s’habiller de façon sexy ou encore de « flirter » avec son futur agresseur.

La victime aura très souvent du mal à se faire entendre ou à convaincre qu’elle ne l’a pas cherché.

Ce sujet avait déjà été mis en lumière par le film « Les accusés » en 1988 avec dans le rôle de la victime Jodie Foster (qui aurait d’ailleurs du endosser l’un des 2 rôles principaux de Thelma et Louise mais le projet ayant mis beaucoup de temps à se finaliser elle n’était plus disponible et un autre casting a été trouvé).

Ce sujet est malheureusement toujours d’actualité, et il est à nouveau mis en lumière par un procès qui se déroule en Angleterre actuellement.

Car enfin combien de fois allons-nous devoir rappeler qu’une femme a le droit de s’habiller de façon sexy, se rendre dans un lieu où on danse pour s’amuser sans pour pour autant qu’un homme se croit pour autant autorisé à la violer, alors même qu’elle se débat, qu’elle crie et qu’elle dit « non ».

Qu’est-ce qui est donc tellement difficile à comprendre dans l’adverbe de négation « non ».

Et nous apprendrons plus tard que Louise a été violé dans l’état du Texas, elle s’est très certainement retrouvée dans une situation comparable à celle de Thelma avec  Harlan, et elle a eu tellement de mal à se faire entendre durant le procès de son agresseur que justice n’a pas été rendue.

Et pourtant cela est essentiel  pour qu’une victime de traumatisme puisse en guérir, et Louise n’a pas eu cette chance, et nous comprenons mieux ce qui l’a conduite à tirer sur Harlan.

Les copines vont donc être en fuite et très vite recherchées par la police car la voiture de Louise, une Ford Thunderbird 1966 décapotable, va être repérée partant à vive allure du parking du bar/boite où  elles avaient fait leur halte détente qui a virée au cauchemar.

Les projets des 2 copines sont, par la force des choses, modifiés ainsi que leur trajectoire.

Elles vont avoir besoin d’argent pour tenter d’atteindre le Mexique, et Louise va appeler son compagnon Jimmy pour lui demander de lui faire un virement de ses économies dans un motel à Oklahoma City.

En route pour le Motel elles vont emmener un jeune auto-stoppeur, que Thelma trouve charmant, J.D (interprété par Brad Pitt il s’agit de son premier rôle au cinéma).

Et une fois de plus, rien ne va se dérouler comme cela était prévu.

Car Jimmy au lieu d’envoyer l’argent va l’emmener avec lui à Oklahoma City.

Après avoir remis l’enveloppe contenant l’argent à Louise, celle-ci va la confier à Thelma qui est censée passer la nuit seule dans leur chambre d’hôtel, pendant que Louise va passer la nuit avec Jimmy.

Et alors qu’elles ont laissé partir J.D avant d’aller au motel, celui-ci va venir taper à la porte de la chambre de Thelma, qui sous le charme va passer la nuit avec lui, et sans se méfier, elle va le laisser tout seule dans la chambre se doucher alors qu’elle va rejoindre Louise au restaurant pour prendre un café.

Une fois de retour dans leur chambre elles découvrent avec horreur que l’enveloppe qui contenait les économies de Louise pour leur permette de poursuivre leur parcours a été vidée par J.D.

A ce moment du film nous constatons que l’armure que s’était construire Louise depuis son viol se fissure, car ce qu’elle avait planifié pour leur permettre de reprendre le contrôle sur leur parcours, s’écroule.

Et Thelma, qui au contraire est en train de prendre de l’assurance, va prendre le relais.

Elle va notamment mettre en pratique les conseils prodigués par J.D pour faire des braquages, durant la nuit qu’ils viennent de passer ensemble, afin de tenter de corriger cette situation dans laquelle elle a forcément une responsabilité car elle s’est montrée trop crédule et négligente.

Elle va commettre un braquage, sans aucune violence physique, avec son pistolet.

Ce braquage va mettre la police sur leur piste, car il va être filmé par une caméra de vidéosurveillance.

Le policier qui suit leur affaire depuis le début va comprendre ce qui a conduit Thelma à commettre ce braquage, car il va interroger Jimmy, et J.D qu’il va trouver en possession d’une somme quasi équivalente à celle que Jimmy avait déposé à Louise.

Ce policier, Hal SLOCOMBE (interprété par Harvey Keitel),  fait preuve d’empathie vis-à-vis de nos héroïnes.

Lors de l’interrogatoire de J.D il va lui dire :

« Crois-tu que Thelma aurait commis un braquage si tu ne leur avais pas volé leur argent. Elles avaient encore une chance. »

A partir de là, nos 2 héroïnes n’auront d’autre choix que de poursuivre leur route au sein de l’Amérique profonde, tout en évitant les centres de vie afin de ne plus être repérées.

Alors qu’elles avancent elles se métamorphosent physiquement, elles abandonnent tous leurs bijoux, leur maquillage, sont habillées en jean et tee-shirts, elles demeurent tout de même féminine mais à leur façon.

Au hasard d’une nuit ou elles progressent dans les grands espaces désertiques d’Arizona, nous les surprenons en train d’admirer cette immensité qui les entoure un sourire de plénitude sur le visage.

Thelma dira alors à Louise : « il y a comme un déclic qui s’est fait en moi et là ça bloque, faire demi-tour je ne l’envisage pas ».

Et retentie la chanson de Marianne Faithfull « The ballad of Lucy Jordan » qui évoque la vie de Telma :

« A l’âge de 37 ans, elle réalise qu’elle n’a jamais roulé à travers Paris dans une voiture de sport un vent chaud dans les cheveux …Son mari est au travail, ses enfants sont à l’école. Elle pourrait nettoyer pendant des heures ou réarranger les fleurs… »

Thelma dira d’ailleurs à Louise : « j’ai toujours voulu voyager mais je n’en ai jamais eu l’occasion ».

Ce à quoi Louise lui répond : « tu l’as cette fois ».

Elles vont ensuite croiser un policier qui les arrête pour excès de vitesse, elles sont alors contraintes de le menacer avec leur pistolet et de lui prendre son arme, de faire des trous dans le coffre de sa voiture afin de l’enfermer dedans pour qu’il ne puisse pas transmettre leurs signalements à ses collègues.

Il est drôle de constater que lorsqu’il n’a plus son arme, il se trouve totalement dépourvu face à ses 2 femmes, alors que Thelma le menace en s’adressant à lui très calmement , pleine de cette nouvelle assurance qu’elle a acquis au fur et à mesure de leur voyage.

Puis elles vont, pour la troisième fois, trouver sur leur chemin un chauffeur de camion-citerne qui à chaque rencontre leur adresse des gestes et des propos obscènes.

La première fois, elles vont réagir à ses propos en parole, la seconde elles vont jouer l’ignorance, et cette fois-ci elles sont parvenues à un stade de leur parcours géographique et personnel où elles ne veulent plus laisser passer ce genre de comportement.

Elles lui donnent rendez-vous un peu plus loin, il gare son camion et descend.

Elles lui font face assises  sur le rebord de la décapotable, et elle le mette face à son comportement en lui demandant de s’excuser. Comme il ne veut pas elle tire sur les pneus de son camion. Elle lui redemande de s’excuser et comme il ne veut toujours pas s’exécuter elles tirent sur la citerne de son camion, qui explose en un feu immense.

Elle tourne alors autour du chauffeur avec leur décapotable dans un grand nuage de poussière et Thelma se penche pour récupérer sa casquette, qui a volé lors de l’explosion de sa citerne, comme un trophée. Lorsque nous assistons à cette confrontation nous ne pouvons pas ne revoir des images  de confrontations typiques de western mais adaptées pour l’occasion pour nos 2 héroïnes.

En ce qui concerne les propos obscènes du chauffeur lors de leurs rencontres, nous ne pouvons malheureusement pas nous empêcher de penser à des comportements qui demeurent toujours d’actualité de nos jours, dans la rue, et sur les réseaux sociaux.

J’ai encore lu récemment un post publié sur LinkedIn par une journaliste qui entre autre chose parle régulièrement d’écologie dans 28 minutes sur la chaine Arte et qui après chacune de ses interventions récolte des messages du type « et bien dis donc, ta douce voix me fait bien bander »ou encore « t’es en manque ça se voit ».

Quel rapport avec ses propos sur l’écologie ?

Elle indiquait se trouver démunie face à de tes propos, et comme nous la comprenons.

Des propos d’une telle violence verbale et d’une telle obscénité n’ont rien à faire en commentaire d’un article sérieux et militant.

Et du coup nos héroïnes ont pris la décision de ne pas laisser passer ce genre de comportement et une fois de plus de dire « non » comme lors de la tentative de viol de Thelma.

A la fin du film elles vont se retrouver encerclées par les forces de police, prêtes à leur tirer dessus au moindre geste.

Hal Slocombe,  le policier qui suit leur affaire depuis le début tente de parlementer avec ses collègues une dernière fois : « il faut faire quelque chose, bordel. Combien de fois, merde. Combien de fois faut que cette femme s’en prenne plein la gueule, bon dieu. »

Elles vont alors décider d’un commun accord de « poursuivre tout droit ».

Elles s’élancent alors sourire aux lèvres, leurs mains jointes en forme d’un poing dressé vers le ciel, dans un saut dont l’image figée en plein envol sera fixée pour l’éternité.

Le film fera bien évidemment polémique lors de sa sortie.

Il a été reproché au film de montrer des femmes qui en réaction par rapport aux agissements des hommes agiraient comme eux, de présenter les hommes sous leurs pires aspects et donc d’encourager la haine des hommes et la violence.

Je vous laisse juge et je vous invite à indiquer tous vos commentaires à ce sujet

Cependant nos héroïnes se retrouvent en cavale suite aux rencontres qu’elles  font avec certains hommes, le mari de Thelma qui ne s’occupe pas d’elle comme il le devrait et provoque ainsi chez de la frustration, Harlan qui tente de la violer, J.D qui leur vole leur argent.

Mais ces personnages sont contrebalancés par Jimmy le petit ami sensible de Louise, Hal le policier qui fera tout e qu’il peut pour les comprendre et les aider, et J.D n’est pas un personnage tout noir il est plus nuancé puisqu’il va tout de même permettre à Thelma de gagner en assurance.

Aucune violence gratuite n’est présente dans ce film. Et les 2 héroïnes n’agissent à aucun moment comme les hommes puisqu’elles n’usent jamais de la violence physique. Si nous prenons par exemple la scène de confrontation avec le chauffeur du camion-citerne, je ne pense pas que l’option choisie par nos 2 copines aurait été choisie par des personnages principaux masculins.

Que vous ayez déjà vu ce film ou pas, il faut le voir et le revoir.

Merci à Callie KHOURI d’avoir choisie pour héroïnes 2 femmes, merci à Ridley Scott de les avoir si bien filmées et d’avoir permis que ce tournage se déroule dans un tel climat collaboratif puisque les 2 actrices principales ont toujours pu participer aux décisions prises pour les agissements de peurs personnages.

Le film est toujours d’actualité il n’a pris une ride, il est question de résilience, de résistance, de désir d’émancipation, de la volonté de reprendre le contrôle sur sa vie, et de problématiques auxquelles sont malheureusement toujours confrontées les femmes (déjà évoquées plus haut).

Nul doute que nos 2 héroïnes vont vous embarquer avec elle et vous faire vivre bien des émotions.

2 commentaires sur « A lire Thelma et Louise »

  1. Merci pour cette belle présentation. Tu nous fais revivre ce film et toute son intensité du début jusqu’à la fin.
    Chacun des moments forts du film sont accompagnés de commentaires pertinents et reliés à des évènements contemporains. Tu nous démontres, en effet, que le femme subit toujours, de nos jours, autant de violences verbales et sexuelles au quotidien. Cette pression consentie par notre société par son inaction pousse certaines femmes dans leurs retranchements. Rien ne justifie qu’un homme puisse posséder une femme en prenant l’excuse que tout vient d’elle, alors que la pulsion à satisfaire venait de l’homme en question. C’est à l’homme de se remettre en question; c’est lui qui doit être puni pour ces actes; il est le seul fautif. Et c’est à la femme d’être protégée tant que les mentalités n’auront pas changé, car comme tu soulignes par ce que dit Hal Slocombe, le policier qui tente de les protéger, « il faut faire quelque chose, bordel. Combien de fois, merde. Combien de fois faut que cette femme s’en prenne plein la gueule, bon dieu »

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s